10 juin 2011 : Vernissage « Chemin faisant »

Un vernissage qui débordera dans la rue des Amours. 
Avec Achille , le graveur itinérant et son atelier mobile ;  animation musicale par Michel Mainil et son jazz band.


 

3 juillet : AU CENTRE DE LA GRAVURE à 16h30, dans le cadre de Chemin faisant. Un parcours dans les collections du Centre de la Gravure,


 

 

Chemin faisant …... à travers les collections du Centre de la Gravure - 11/06 au 18/09/2011

    
L’exposition propose un cheminement multiple à travers les collections constituées par le Centre de la Gravure au cours des trente dernières années. Elle tente de remédier à l’impossibilité d’une présentation exhaustive par une approche axée sur diverses orientations complémentaires aussi représentatives que possible des sensibilités graphiques de notre temps. Elle se veut dès lors subjective, parfois ludique, engagée ou réductrice mais certainement jubilatoire. 

 


Ce parcours gravé, qui déambule à travers diverses thématiques, n’en reste pas moins un réquisitoire destiné à mettre en valeur les spécificités de l’estampe. Le monde de l’art imprimé est plus que jamais marqué par un caractère expérimental et combinatoire. Bon nombre d’artistes viennent à ce medium pour en explorer les multiples possibilités et élargir ainsi leur champ d’expression. La grande variété des procédés utilisés, allant des moyens les plus traditionnels aux plus novateurs, va de paire avec la mise au point de formules inédites, bien souvent finalisées au sein d’ateliers dans lesquels les imprimeurs jouent un rôle primordial. Si matrice, support et impression font l’objet de multiples investigations, les questionnements sur le rôle de l’image font également partie des nouveaux champs exploratoires de l’estampe contemporaine.
 
SUR LA PISTE DU SÉMIOLOGUE
 
Depuis la nuit des temps, au fil de toutes les civilisations du monde, l’humanité a instinctivement désiré s’exprimer par l’empreinte et le signe. Traces de mains, hiéroglyphes, sceaux chinois et autres icônes ne sont jamais une fin en soi, mais toujours un moyen de communication. Traduire une émotion reste une des aspirations essentielles de certains artistes contemporains à travers un art parfois plus poétique et évocateur que déclaratif. Les signes qu’ils nous livrent oscillent entre écriture et forme, se rapprochant du geste plutôt que du mot pour entrer en dialogue avec le spectateur. Pour ces plasticiens, l’art quitte le monde du réel pour revêtir une fonction symbolique voire initiatique. Icônes et glyphes s’y côtoient dans une volonté de rejoindre un langage universel.
 
Joan Miró compte parmi les acteurs majeurs de l’art moderne. Sous l’influence des  écrivains surréalistes il développe dès 1924 un vocabulaire stylistique exubérant d’une expressivité poétique inimitable.
Joan Miró, Nocturne, 1953, lithographie originale
contenue pliée dans la revue Derrière le Miroir n°57- 58-59: Miró
 
Dans la foulée de cet art gestuel et signalétique, les estampes de Robert Motherwell, Bram van Velde ou Gabriel Belgeonne sont mises en exergue à ce stade du parcours gravé. Plus statiques, les estampes de Philippe Vandenberg, Eduardo Chillida et Richard Serra font figure d’emblèmes. Ce n’est pas un hasard si deux de ces artistes sont aussi et parfois avant tout des sculpteurs. Les vocabulaires stylistiques proposés par les estampes très matiéristes d’Antoni Tàpies et Paco Knöller, se font narratifs, évocatoires ou musicaux chez Dirk Vander Eecken et James Brown.
 

 
 
SUR LES TRACES DU GÉOGRAPHE
A la manière du géographe, l’artiste traduit son rapport au monde en collectant et en répertoriant sur le papier les traces minérales, végétales ou organiques de notre planète Terre. Entre révélation et effacement, le  registre des inventaires est innombrable. Pour les uns, l’enjeu de la collecte vise à détailler minutieusement certaines des multiples beautés du paysage. Pour d’autres, il s’agit de fixer des impressions éphémères vécues au rythme des jours et des saisons. Par le biais de témoignages photographiques ou graphiques, l’artiste se concentre parfois sur les seules vibrations du monde et tente de traduire les sensations ou émotions ressenties. Poursuivant le vieux rêve de composer avec patience « atlas, herbiers et rituels » dans l’esprit de Mallarmé, il s’approprie un territoire d’autant plus saisissant qu’il est le sien propre et restitue les images mentales venues du tréfonds de sa mémoire.
 
Explorant jardins, campagnes, nuées et fonds marins, les uns s’emploient à décrypter la nature à travers les variétés et phénomènes qui ont su les émouvoir comme Lise Duclaux, Catherine Viollet, Michel Degand, José Maria Sicilia ou James Brown. Parfois, l’encyclopédiste se meut en nomade. Son expérience du monde s’inscrit dans la durée, celle de la promenade. C’est ainsi qu’au fil de séries spécifiquement graphiques, Françoise Roy, Els Vos, Kikie Crêvecœur, Muriel Moreau  et Christiane Baumgartner, nous livrent les bribes fugitives d’un univers végétal, oblitéré par le temps. Le choix d’estampes de Balthasar Burkhard et Jean Dubuffet permet d’aborder des répertoires  plus minéraux.
 
<<< Michel DEGANDTraverses, 2008, avec des textes de Pierre Dhainaut et Jean-Pierre Nicol, livre imprimé en sérigraphie, 84/120
 
Pour compléter cette déambulation à travers les collectes et répertoires, tout en s’écartant quelque peu des routes du géographe, il convient de citer certains aspects du travail de Nancy Spero et Dirk Vander Eecken.  Nancy Spero’s Alphabet of Hieroglyphs présente un inventaire de tous les motifs utilisés par l’artiste dans ses impressions sur zinc et  polymère depuis 1975. Au même titre, le livreVoyage à l’Anvers réalisé par Dirk Vander Eecken constitue une sorte de carnet thématique en forme de clin d’œil à sa ville natale.
 
DANS LES PAS DE L'HISTORIEN
Dans les pas de l’historien, l’artiste charge l’image de témoigner de ses sentiments voire de son indignation face à des événements collectifs qui ont investi ou dépassé son propre vécu. Son regard se veut conscience ; son rôle est de révéler pour mieux dénoncer. Grâce à l’imprimé et à son pouvoir de diffusion, il donne à son engagement politique et social une valeur de manifeste poursuivant ainsi une tradition qui remonte aux origines mêmes de la gravure, à l’époque où Hieronymus Bosch, Pierre Breughel et Lucas Cranach, utilisaient ce médium pour dénoncer les injustices religieuses ou les abus de pouvoir.
 
Narratives ou suggestives, ces estampes visent à fixer un temps suspendu et à préserver une mémoire en regard des chaos de l’histoire.
 
Les œuvres issues d’un contexte historique précis peuvent donner lieu à un constat de nature journalistique, comme chezChristiane Baumgartner ou Sarah Wiame, et à des  dramatisations différées, comme chez Zoran Music, Pablo Picasso, Nancy Spero ou Roberto Matta.
 
<<< Christiane BAUMGARTNER1 Sekunde, 2004, suite de 25 gravures sur bois, IV/V
             
Les emprunts à l’histoire comme à l’histoire de l’art sont une constante chez Mimmo Paladino et Georg Baselitz. Conformément à la vocation de la trans-avant-garde italienne, l’œuvre de Mimmo Paladino se nourrit de références à l’Antiquité, à la culture byzantine, à la sculpture romane ou aux arts africains. Le même type de figuration subjective caractérise le travail de Georg Baselitz. Le traitement expressionniste des gravures Casa Gaudi et Drei Lampen suggère naturellement un sentiment de précarité, la résurgence d’une mémoire collective aussi douloureuse qu’indéfinissable.
Pierre Alechinsky a coutume de peindre ou dessiner sur de vieux papiers, livres de comptes ou cartes anciennes. Lorsqu’il réalise des gravures ou des lithographies, il choisit souvent, dans une même démarche, d’imprimer sur des fac-similés de documents périmés.
 
AU FIL DE CHRONIQUES INTIMES
Lorsque l’artiste fait appel à sa mémoire individuelle, les images qu’il propose deviennent  autant de morceaux choisis au fil de son parcours personnel à la façon d’un journal intime. Cette  aspiration à être reconnu dans son identité, cette volonté de réunir  vie privée et regard d’autrui,  passent, pour bon nombre de créateurs, par les voies du livre et de son caractère confidentiel autant que par l’estampe, dont certaines techniques expriment à merveille les mystères psychiques.
Il en résulte des images à connotations plus ou moins dramatiques, allant de la satire, comme chezThierry Lenoir, au questionnement métaphysique, comme chez Jean-Charles Blais, en passant par le regard analytique de Jim Dine ou l’ambiguïté souvent cruelle de Louise Bourgeois
L’art imprimé construit à la manière d’un journal intime peut déboucher sur des réalisations allusives d’une grande sensualité, comme chez Carole Benzaken, Kiki Smith, Kenneth Alfred ou Annick Blavier.  Enfin, l’œuvre gravé de Jean-Michel Vaillant apparaît comme un champ d’introspection propre à symboliser les circonvolutions de la pensée. Ce graveur manie le burin à la manière d’un orfèvre, sculptant le cuivre de motifs raffinés.
 
Carole BENZAKEN , Candide, 2000, lithographie, 22/30
 
TEL UN COUREUR DE FOND
L’artiste se plaît parfois à  dompter rythmes et espaces. Par nature, l’estampe se prête au nombre, à la série, à la séquence. Résultat d’une pulsion émotionnelle ou  d’une démarche plus intériorisée et rigoriste, l’impression se décline sur un mode lyrique ou en termes de mouvance construite à l’aide des moyens qui lui sont propres.
Dans cet univers de déclinaisons, chaque œuvre existe à la fois pour elle-même et comme fragment d’un processus infiniment recommencé.  Cette approche sérielle entraine certains artistes à produire un art environnemental par un déploiement dans l’espace des différentes pièces d’une série. Parfois même, l’image répétée s’échappe des contraintes du cadre pour conquérir le mur dans une dynamique libératrice.
 
Cette démarche sérielle fut souvent exploitée par Peter Cunliffe  comme dans les grands bois de la série Cannon.
Beaucoup d’artistes assimilables à la mouvance construite sont essentiellement connus pour leurs sculptures tandis qu’ils produisent un art imprimé en étroite complémentarité avec leur travail tridimensionnel. C’est le cas de Pol Bury, Donald Judd ou François Morellet. Les estampes minimalistes de Sol LeWittou de Marthe Wéry viennent en écho de recherches théoriciennes spécifiquement axées sur la couleur et la surface.
 
Peter CUNLIFFECannon # 3, 2004, gravure sur bois, A/P III/IV >>>
Les œuvres graphiques de Sean Scully ou de Jean-Pierre Scouflaire peuvent être qualifiées de matiéristes. Ces artistes interrogent la matérialité à travers la superposition des couches de couleurs, les effets de transparences et de flous, la dynamique des compositions. Les matériaux et les supports soigneusement choisis viennent ensuite apporter toute leur richesse expressive lors de l’impression.
 
SUR LA ROUTE DU DRUGSTORE
SUR Dès le début des années 60, le Pop’art fait entrer l’objet de consommation courante au musée. Les célèbres boîtes de conserve Campbell’s Soup immortalisées sur la toile par Andy Warhol  ne sont qu’un exemple parmi tant d’autres. Le processus opposé, grâce au multiple, a permis l’investissement du champ commercial par une diffusion massive de l’art. Œuvres sur papier destinées à être emportées par les visiteurs, images monumentales placardées en milieu urbain, réappropriation par l’imprimé des produits de consommation, autant de nouvelles méthodes destinées à injecter la création dans la vie quotidienne. A l’inverse, pour d’autres créateurs, la société de consommation devient la cible d’une critique du système en dénonçant les pratiques occidentales inféodées à l’argent .
 
 
Claude Closky travaille depuis plusieurs années à repenser les formes et les moyens de diffusion de l’œuvre d’art et à inscrire son action dans le quotidien. Revisitant le monde de l’imprimé, il propose des œuvres exploitant différents modes d’expression tandis que Barbara Krugerutilise des images stéréotypées assorties de slogans d'une apparente banalité dans tous ses photomontages.  
Les affiches monumentales de Michel François, destinées à être placardées en milieu urbain ou distribuées massivement, soulèvent la question du rapport très analytique qu’entretient l’artiste avec la photographie. Pour Michel François, la pièce unique n’existe pas.
 
<<< Barbara KRUGERSavoir c’est pouvoir, 1989, sérigraphie, 94/100
La réflexion acide de Marcel Broodthaers sur le statut de l’art et du musée dans la société contemporaine se traduit par l’intégration d’objets volontairement insignifiants dans ses créations. L’objet dépareillé, le rebus, la banalité ou la ruine constituent des terrains de prédilection pour Pierre Buraglio, Takesada Matsutani ou Thierry Wesel